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Balades dans la pensée chinoise

Taoïsme

Lieu : Temple taoïste Qing Yang Gong (青羊宮) à Chengdu

 

daoïsme – la plupart du temps écrit taoïsme (dao jia et dao jiao ) :

Avec le confucianisme, le taoïsme est l'un des piliers de la pensée chinoise. Mais si ses thèmes centraux sont présents dès le V/IVe siècle av. J.-C., ce n’est qu’au IIe  siècle av. J.-C. que le nom « école taoïste » (dao jia ) apparaît pour la première fois. Et ce n'est qu'au Ve siècle que le canon officiel des écrits taoïstes est dressé par Lu Xiujing 陸修靜 (406-477).

De plus, l'histoire du taoïsme recouvre tout à la fois des spéculations philosophiques, une quête mystique, des pratiques et savoirs ésotériques et des rituels religieux. Autant dire que le taoïsme n'est pas un enseignement uniforme et figé, mais un ensemble d'approches qui se sont mutuellement influencées et enrichies jusqu'à nos jours. 

Au cœur de cet ensemble, on trouve une acception originale de la notion de dao 道. Le taoïsme considère en effet avant tout le Dao (aussi écrit Tao) comme un principe absolu et indicible, une réalité primordiale source de toute chose et de tous les êtres, réalité avec laquelle il s'agit de fusionner.

En un second sens, le taoïsme utilise le même mot dao (ou tao) pour désigner la voie juste, la conduite adaptée, permettant de parvenir à cette fusion. 

Remarque sur la transcription du caractère dao :

En raison de ce double sens du terme dao dans le taoïsme il est fréquent de voir dans les traductions la distinction entre dao et Dao (en majuscule), pour marquer la différence entre le Dao compris comme source absolue et indicible de toute chose et le dao considéré comme la voie adéquate pour s'unir à cette source. Le problème est évidemment que les idéogrammes n’ont pas de majuscule (donc encore faut-il être capable de repérer dans le texte d’origine la différence de fonction du même caractère : ). 

 

L’évolution historique du taoïsme :

 Il est courant de distinguer le versant philosophique du taoïsme de son versant ésotérique et religieux. Pourtant, cette distinction reste relativement artificielle puisque de nombreux auteurs empruntent aux deux versants sans qu'il soit possible de les séparer. De plus, très souvent, cette distinction expéditive provient soit d'une certaine ignorance des subtilités spéculatives du taoïsme ésotérique (que l'on juge abruptement non-philosophique...), soit d'une confusion entre la quête mystique du taoïsme et les pratiques populaires auxquelles elle est abusivement réduite.

 En fait, il serait plus pertinent de relever les origines diverses du taoïsme, afin de mieux saisir pourquoi sa maturation a donné lieu à un enseignement tout à la fois philosophique, ésotérique et religieux.

 Les origines (c'est-à-dire avant que l'on parle d'une "école taoïste" ) :

 Le taoïsme hérite en fait de plusieurs traditions :

D'une part, celle laissée par les textes attribués à Zhuangzi (le Zhuangzi), à Laozi (le Daodejing), ainsi que par les théories de l'école du yin/yang et des cinq phases. Cette tradition dessine les contours philosophiques du taoïsme. Etant donné sa richesse et sa complexité, nous nous permettons de renvoyer aux articles la concernant (cliquez directement sur les liens en bleu)

D'autre part, la tradition issue des pratiques magico-religieuses visant à cultiver la longévité et atteindre l'immortalité. Ces pratiques étaient notamment proposées par les fangshi 方士 (des spécialistes des arts magiques) durant la période des royaumes combattants et reposaient sur la croyance populaire (au moins depuis le VIIIe av. J.-.C) en l'existence d'immortels résidant dans des montagnes lointaines.  

Enfin, la naissance du taoïsme a été marquée par les techniques d'extase transparaissant dans les Chants de Chu (Chǔ Cí 楚辭), une compilation de poèmes fortement influencés par la culture chamanique qui prospérait à l'époque dans le royaume de Chu.  

 

La maturité : 

Entre le Ier et le IVe siècle de notre ère, ce triple héritage va fusionner (par exemple, avec des auteurs comme Wei Boyang et Ge Hong), et les maîtres taoïstes vont développer des pratiques religieuses et ésotériques dans la perspective d’une union mystique avec le Dao.

Ces pratiques religieuses et ésotériques visent majoritairement à prolonger la vie et atteindre une forme d’immortalité et prennent diverses formes (pratiques méditatives, corporelles, médicales, sexuelles, divinatoires pour n’en citer que quelques-unes).

Parmi ces pratiques, une distinction importante est à faire entre  :

1. L’alchimie "externe" (waidan 外丹, littéralement "cinabre extérieur") qui privilégie la recherche opératoire d’une drogue d'immortalité par la transmutation de substances chimiques (ayant souvent pour base le cinabre et l’or).

L'intuition guidant l'alchimie opératoire taoïste est la suivante : les manipulations sur le cinabre et l'or reproduisent une version accélérée des transformations présentes dans la nature. Le résultat de ces opérations (l'élixir obtenu) doit alors permettre de récréer dans l'organisme humain l'état d'indifférenciation initiale (à savoir la fusion subtile du Yin et du Yang) qui caractérise le "souffle originel" (yuanqi 元氣). Ce procédé évite alors à l'organisme la perte du "souffle originel", cause de la maladie et de la mort. 

2. L’alchimie dite "interne" (neidan 內丹, littéralement "cinabre intérieur"), qui vise le développement d'une âme immortelle à partir de pratiques consistant à renforcer, épurer et concentrer les trois forces vitales que sont le souffle vital (qi,氣), l'esprit (shen 神), la semence (jing 精). Ce cheminement implique des exercices spirituels, méditatifs, respiratoires et corporels qui sont à terme censés conduire à une forme d'illumination, à savoir une union avec le Dao grâce à l'abolition de tout déséquilibre entre les dynamiques Yin et Yang.

En fait, jusqu'au IXe siècle, "l'alchimie interne" n'existe pas de façon autonome, même si une grande partie des pratiques qu'elle propose est déjà présente dans les écoles taoïstes. D'ailleurs, du Ie au IXe siècle, de nombreux auteurs ont défendu la combinaison de ces pratiques avec l'alchimie opératoire (externe). Mais après la dynastie des Tang, l'alchimie externe a progressivement décliné au profit de la seule alchimie interne, déclin qui accompagne le passage au premier plan de la quête d'immortalité spirituelle.

Cependant, il faut noter qu'il est souvent très difficile d'y voir clair dans les textes, dans la mesure où les écoles de l'alchimie externe ont repris à leur compte, mais de façon strictement symbolique, le langage et la terminologie de l'alchimie opératoire, terminologie qu'elles combinent à des références constantes aux trigrammes et hexagrammes du Yijing (ce qui rend pour le moins complexe la lecture des traités).   

La religion institutionnelle  

Enfin, autour de ces pratiques diverses visant à une union mystique avec le Dao se sont constituées des communautés, ce qui a donné naissance à une religion institutionnalisée : 

Par exemple, l'Ecole des cinq boisseaux de riz (wu tou mi dao 五斗米道), apparue entre 120 et 150 apr. J.-C., est l’une des premières sectes taoïstes organisée autour de rituels précis et d’une discipline monacale (la tradition fait de Zhang Daoling 張道陵, 34-156 ap. J. C., son fondateur).

Par la suite, de nombreuses écoles seront instituées, chacune valorisant tel ou tel aspect des traditions évoquées auparavant (l'école la plus répandue aujourd'hui en Chine est l'école dite de "La Porte du Dragon", école Longmen 龙门, dont la fondation est attribuée par la tradition au moine Qiu Chuji 丘處機 au XIIIe siècle).

Le développement de ces écoles religieuses a donné lieu à la création d'un panthéon riche, coloré et sans cesse renouvelé (donc particulièrement difficile à appréhender...). Ce panthéon puise à la fois dans la philosophie taoïste (avec par exemple la divinisation de Laozi), dans la religion populaire et dans les enseignements du confucianisme et du bouddhisme (l'enfer taoïste notamment est très influencé par les représentations de l'enfer bouddhiste).

Mais, comme le précise Isabelle Robinet, tous ces dieux incarnent des fonctions plutôt que des individualités. De plus, « toutes ces divinités n’en sont qu’une seule ou, selon une autre formule dont le sens est le même, elles sont toutes issues d’une seule instance, le Tao » (Histoire du taoïsme des origines au XIVe siècle, éditions du Cerf, 1991, p. 24). 

 

L'ambiguïté du taoïsme vis-à-vis de la société

La complexité de la pensée taoïste se traduit par un rapport ambivalent à l'égard des institutions et de la vie sociale. Ici encore, il s'agit de mettre en valeur des tendances plutôt que de chercher à figer des distinctions ou des oppositions entre différents courants.

D'un côté, pour parvenir à une union muette avec le Dao, les fondements philosophiques du taoïsme (chez Laozi et Zhuangzi notamment) nous invitent au non-agir (wu-wei), à savoir au refus de forcer les choses, d'interférer de façon superflue dans un ordre spontanément harmonieux. Or, si le non-agir ne consiste pas à ne rien faire, mais à se fondre dans le cours naturel des choses, il n'en est pas moins une façon de remettre en question les artifices de la culture, la fonction de l’éducation et des institutions (éléments centraux dans le confucianisme). En ce sens, la perspective d'un retour à notre nature originelle et d’une fusion avec le régime du Dao passe bien par un retrait hors de la vie mondaine, par un détachement à l'égard des fonctions de pouvoir et par un désapprentissage des acquis sociaux.

D'un autre côté, si de nombreux taoïstes ont entretenu la tradition de l'ermitage et de la poursuite solitaire d'une quête mystique, d'autres ont en parallèle été conseillers des princes et des empereurs sans que cela ne leur semble incompatible avec leur conception du monde.

Enfin, le taoïsme a toujours joué un rôle important auprès du peuple, tant au niveau des rituels religieux (qui ont servi de ciment social à toutes les couches de la population) qu'au niveau des idées politiques. D'ailleurs, le taoïsme a été à l'origine de plusieurs grandes révoltes contre le pouvoir impérial, à commencer par celle qui a marqué le déclin de la dynastie des Han, à savoir la révolte des turbans jaunes impulsée en 184 par Zhang Jiao (張角), fondateur de la secte taoïste Taiping 太平 (« grande paix » ).   

On le voit, il est donc impossible de limiter le rapport qu'entretient le taoïsme avec la société à un schéma unique (sur ce point, nous renvoyons à l'ouvrage très informé d'Isabelle Robinet, Histoire du taoïsme des origines au XIVe siècle, éditions du Cerf, 1991).  

 

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