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Balades dans la pensée chinoise

Laozi

 

Laozi 老子 (d’après la tradition, VIe siècle av. J.-C. /Ve siècle av. J.-C.) :

Personnage essentiel dans la tradition chinoise, dont l’existence historique fait aujourd’hui question. On lui a a posteriori attribué l’un des textes fondateurs du Taoïsme :  le Daodejing 道德经, Le classique de la Voie et de la Vertu (dont les traces historiquement attestées remontent au IIIe siècle av. J.-C).

D’après la légende, Laozi serait né avec des cheveux blancs et une barbe après 62 (ou 81) années de gestation (le nom Laozi pouvant d'ailleurs non seulement signifier « vieux maître », mais aussi « vieil enfant »). Il aurait, toujours selon la légende, rédigé le Daodejing à la demande du gardien de la dernière passe avant les steppes, puis serait parti vers l’ouest à dos de buffle après avoir remis son texte au gardien. Ce départ permettra au taoïsme et au bouddhisme d’imaginer sa possible rencontre avec Bouddha (et même, dans certains cas, de l'identifier à Bouddha).

Evoquons de façon très schématique deux lignes directrices du Daodejing (livre dont le style poétique et les nombreux aphorismes rendent la traduction périlleuse et l’interprétation difficile) :

1. Le Dao est chez Laozi à comprendre comme la vérité ultime et indicible (« le dao qui peut être nommé n'est pas le dao » Daodejing, § 1) et comme la source de tous les êtres, source qui est à la fois sans forme, sans limites, inconnaissable et ineffable. De cette origine absolue (de cette absence contenant potentiellement tout, mais qui n'est pas encore présence) naissent toutes choses. On comprend plus ou moins que l'unité du réel (l'Un) surgit d'une origine absolue qui contient tout sans être elle-même encore quelque chose de concret. Et ce déploiement, qui de l'unité du réel va donner la multiplicité des choses (les "dix mille êtres" selon l'expression consacrée), passe par le souffle du qi et son alternance Yin/yang.

2. Le non-agir (wu-wei 無為) est la seule méthode ou voie (autre sens du mot dao) qui permette de faire un avec le Dao (conçu comme origine absolue de toute chose). En effet, il faut préférer le non-agir car « celui qui agit finit par détruire, celui qui tente de saisir finit par perdre » (Daodejing, § 64) nous dit Laozi, voulant signifier que la volonté de forcer les choses entraîne son contraire. Cela dans la mesure où le volontarisme déséquilibre un ordre spontanément harmonieux.

Mais ne pas agir, ce n’est pourtant pas ne rien faire. C’est plutôt ne pas chercher à transformer le réel, refuser d’interférer, ne pas intervenir dans le cours des choses. Cette façon d’épouser la spontanéité du Dao (d’être en accord avec le ziran, ce qui est par soi-même voir le terme dans le présent glossaire) permet de vaincre les choses en leur cédant. Le non-agir est donc plus puissant que l'agir. 

Si le non-agir se manifeste comme un principe de conduite individuelle, il contient aussi chez Laozi des enjeux sociaux et politiques :

D’une part, il est une façon de remettre en question les artifices de la culture, la fonction des rites, de l’éducation et des institutions, autant d’éléments prédominants dans le confucianisme. Laozi nous propose ainsi de désapprendre quand Confucius ou Xunzi nous exhortent à apprendre.

D’autre part, le non-agir devient une méthode de gouvernance politique : pour Laozi, c’est le gouvernement qui laisse les choses se faire qui gouverne le mieux (« En ne promouvant pas les plus capables, on empêche le peuple de se disputer. En ne valorisant pas les choses difficiles à acquérir, on empêche le peuple de se livrer au vol », Daodejing, § 3).

Le Daodejing fait donc du non-agir un thème central. L’horizon du non-agir, c’est la perspective d'un retour à notre nature originelle, d’une régression vers l’unité avec le Dao. Pour signifier cela, Laozi use à dessein de la métaphore du nouveau-né : celui qui, adoptant le non-agir, retrouve l’origine perdue, redevient semblable au nouveau-né (Daodejing, § 20). Il n’est donc pas étonnant que le nom « Laozi » puisse littéralement signifier « vieil enfant » (un programme plus qu’un nom, comme le remarquent les sinologues qui remettent aujourd’hui en cause l'existence historique du personnage).

 

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